Situation administrative des villages Bomboma
L'organisation administrative est vraiment une création coloniale qui n'a presque pas puisé dans l'organisation politique traditionnelle. D'un point de vue administratif, la désignation de collectivité est en train d'être remplacée par celle de secteur. Une fois les structures politiques définies, il faut que la société puisse fonctionner. Pour cela, il faut donc une organisation administrative qui veille à l'exécution des lois, des règles et des décisions prises. Elle prépare aussi le budget et en assure le contrôle de l'exécution. Elle s'occupe aussi de l'administration, de l'état civil, de la conservation de la nature et du tourisme, de l'économie, de l'aménagement du territoire, des finances, de la justice et de la sécurité publique.
Pour la mise en œuvre de cette organisation administrative, l'autorité coloniale a défini les postes avec des missions précises que nous reproduisons telles quelles :
🏛️ Postes administratifs du secteur
⚔️ Conflit du pouvoir traditionnel entre groupements : cas de Bomboma 1 et Bomboma 2
Pour mieux comprendre les conflits dans les groupements, il est important de se situer dans l'histoire de la colonisation. L'autorité coloniale arrivant avait besoin d'asseoir son pouvoir. Il a fallu pour cela avoir des responsables disposés à collaborer avec elle. Comme nous le savons, tous les chefs coutumiers de droit n'étaient pas disposés pour cette collaboration. Cela a conduit l'autorité coloniale, par la force des choses, à nommer d'autres chefs coutumiers qui n'étaient pas de la lignée des chefs coutumiers traditionnels. Ce déplacement de pouvoir a laissé des traces qui aujourd'hui continuent à empoisonner les communautés.
Au vu des documents à notre disposition (le mémoire de notre frère Mombangu Freddy), nous essayons de rapporter l'historique des créations des groupements BOMBOMA I (qui comprend Bokumu, Lifuta, Bodekapa I, Bodekapa II, Bobedi) et BOMBOMA II (qui comprend Liwa, Bosokoni, Botanga, Bodongo, …) et les conflits qui les ont opposés. À partir de ce document, il nous semble que Mokenzu fut le 1er chef médaillé et Nyamuta son adjoint de tout le village Bomboma. Le fait d'être médaillé et d'avoir un adjoint pour conduire le village nous amène à dire que c'est vraiment le travail de l'autorité coloniale. Nous avons ainsi un chef et son adjoint nommés par l'autorité coloniale pour diriger ce grand village qu'est Bomboma.
À la mort du chef Mokenzu, son adjoint Nyamuta se voit confirmer par l'administration territoriale comme chef coutumier de tout le village. Vu l'étendue du village et les nombreuses responsabilités à assumer, le chef Nyamuta proposa à l'autorité coloniale de scinder Bomboma en 2 groupements : BOMBOMA I et BOMBOMA II. La suggestion a été acceptée favorablement par l'autorité coloniale et Popa fut désigné chef de groupement BOMBOMA I et Nyamuta garda alors le groupement BOMBOMA II. Popa est maintenant 1er chef coutumier médaillé de BOMBOMA I. Après sa mort, son fils héritier Mazwa qui était encore mineur et ne pouvant succéder à son père. Le pouvoir fut alors provisoirement confié au notable Nyabolondo, grand-père de Tongo qui est le prétendant du pouvoir aujourd'hui. Après un certain temps, Nyabolondo fut condamné par le tribunal de Grande Instance de Lisala pour complicité d'un cas de meurtre qui avait été commis par son serviteur. C'est à ce moment-là que le pouvoir revint dans la famille du chef coutumier Popa en faveur de son fils héritier Mazwa.
Après la mort de Mazwa, son fils Likenge prend le pouvoir. Ce changement de pouvoir d'une famille à l'autre explique aujourd'hui les conflits qui existent entre les descendants des 2 familles, en l'occurrence les conflits entre Tongo et Likenge. Ce conflit est toujours latent et continue à porter préjudice à l'harmonie de l'administration. Au-delà de ce conflit, un climat de méfiance s'installe entre la population et le chef Likenge qui ne semble pas être apprécié par la population pour sa gestion.
Pour ce qui est de BOMBOMA II, comme le pouvoir n'a pas été transmis dans la lignée du chef coutumier Mokenzu, les relations entre la famille Mokenzu et la famille Nyamuta sont restées tendues après la mort de Mokenzu. La famille de Mokenzu soupçonne Nyamuta comme responsable de la mort de Mokenzu. Lorsque Mokoma de la famille Nyamuta fut nommé chef, il persécuta la famille Mokenzu et cela les conduisit à quitter le village pour aller s'installer à Gbwamanda, et les autres à Bokonzi et Saba-Saba.
Pour ce qui concerne le pouvoir traditionnel dans le groupement de BOMBOMA II, l'histoire parle de Mokenzu comme le 1er chef médaillé et Nyamuta comme son adjoint. Dans la même logique que dans le BOMBOMA I, nous pensons que le chef Mokenzu fut nommé par l'autorité coloniale. À la mort du chef Mokenzu, l'administrateur colonial décida de confirmer son adjoint Nyamuta comme chef coutumier.
🔍 Origine du conflit
L'origine du conflit, d'après l'historique des créations des BOMBOMA I et BOMBOMA II, est le changement de pouvoir entre 2 familles qui, selon la culture, pensent que le pouvoir se transmet de générations en générations dans la même famille. Ils ont oublié que les pouvoirs passaient d'une famille à l'autre en fonction des intérêts de l'administration coloniale et non des intérêts du groupement. C'est un affrontement des 2 conceptions de pouvoir qui sont différentes. Ce conflit ne peut s'arrêter qu'avec l'évolution de la mentalité. La progéniture doit se dire que le pouvoir n'est pas destiné à une lignée, il est fonction des compétences.