HUIT MORTS DANS UN INCENDIE RUE MYRHA ( CHÂTEAU ROUGE ), A PARIS
Le Monde.fr | 02.09.2015 à 07h13 • Mis à jour le 02.09.2015 à 11h03 |Par Matthieu Suc
Huit personnes, dont deux enfants, sont mortes mercredi 2 septembre au petit matin dans l’incendie d’un immeuble d’habitation situé au 4 de la rue Myrha, dans le 18e arrondissement de Paris. Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, qui s’est rendu sur les lieux, a déploré un « bilan très lourd ».
En plus des huit morts, quatre blessés sont encore en « urgence relative ». Selon les pompiers, deux des victimes se sont défenestrées devant la progression des flammes, les autres sont mortes intoxiquées.
François Hollande a exprimé sa « solidarité aux victimes de l’incendie », dans un message publié dans la matinée sur son compte Twitter.
Mercredi matin, l’origine de l’incendie était encore indéterminée. « La piste criminelle est privilégiée », a indiqué M. Cazeneuve sur Europe 1. « Rien n’est encore établi, il faut être prudent, mais cette piste est pour l’instant regardée avec beaucoup d’attention. » Le parquet de Paris a chargé la brigade criminelle de la police judiciaire parisienne de l’enquête.
C’est le déroulé des faits eux-mêmes qui semblent induire un incendie d’origine criminelle. Dans la nuit de mardi à mercredi, deux départs de feu se sont en effet succédé dans l’immeuble, à deux heures d’intervalle. Il y a eu « deux interventions différentes à la même adresse », a indiqué sur place un porte-parole des sapeurs-pompiers de Paris, le commandant Gabriel Plus.
A 2 h 23, un feu de papiers « limité » se déclare au rez-de-chaussée. Les sapeurs-pompiers l’éteignent sans difficulté. A 4 h 30, le second incendie est beaucoup plus conséquent. Lorsque les soldats du feu reviennent, la cage d’escalier est déjà embrasée. Selon le porte-parole des pompiers, les cinq étages de cet immeuble à la façade beige ont été touchés par le feu, « du rez-de-chaussée au toit ».
Le feu s’est encore une fois déclaré au rez-de-chaussée avant de se propager. Selon une source policière contactée par Le Monde, l’un des feux aurait démarré dans une boîte aux lettres. Contacté, le porte-parole du ministère de l’intérieur, Pierre-Henry Brandet, confirme que « l’hypothèse de deux mises à feu volontaire est naturellement une des pistes très sérieusement envisagées ».
Mercredi matin, l’AFP observait une grande traînée noire verticale sur trois niveaux, tandis que des pompiers avec de la sciure noire sur le visage sortaient de l’immeuble, dans une forte odeur de brûlé. Les pompiers, qui ont déployé une centaine d’hommes, ont évoqué un risque d’écroulement de l’escalier qui s’est embrasé mais pas de l’immeuble lui-même.
UN QUARTIER EN PLEINE MUE
Selon plusieurs sources policières, le 4 de la rue Myrha n’était « pas insalubre, ni vétuste ». « L’immeuble est un immeuble privé », « il ne relève ni du logement social, ni du traitement pour insalubrité », a précisé la maire de Paris, Anne Hidalgo. Une quinzaine de logements auraient été touchés, a-t-elle ajouté. « Paris est endeuillée ce matin », a-t-elle déclaré. Il s’agit de l’incendie le plus meurtrier depuis 2005 à Paris, année où plusieurs feux avaient fait une cinquantaine de morts dans la capitale. Les plus meurtriers avaient été celui de l’hôtel Paris-Opéra, dans le 9e arrondissement (24 morts) et celui d’un immeuble boulevard Vincent-Auriol, dans le 13e (17 morts).
Si l’hypothèse criminelle était confirmée, les hommes de la brigade criminelle devront se pencher sur le contexte du quartier de la Goutte-d’Or. Selon la place Beauvau, le 4 rue Myrha n’était pas une adresse signalée. Mais, d’après un commerçant, un trafic de drogues se déroulait à proximité de l’immeuble. Un policier qui a longtemps habité dans le voisinage indique par ailleurs que le quartier est depuis un an en proie à des tensions.
Longtemps quartier populaire avec une forte communauté musulmane, la Goutte-d’Or mue avec l’arrivée d’une population plus jeune, plus aisée et plus bruyante. Sans compter les nombreux appartements loués à la semaine aux touristes. Cela ne va pas sans heurts. Ces derniers mois, des convives s’étaient « amusés » à jeter depuis leurs fenêtres du vin sur des fidèles sortant de la mosquée de la rue Myrha, l’une des plus fréquentées de Paris… La communauté musulmane avait été également ciblée après les attentats de Charlie Hebdo, en janvier, et des tracts islamophobes avaient été distribués dans les boîtes aux lettres des riverains.
L’enquête qui démarre pourra s’appuyer, espèrent les policiers, sur des images de vidéosurveillance, une caméra étant située à l’angle de la rue Myrha et de la rue Affre, à une dizaine de mètres du sinistre.
Matthieu Suc
Journaliste au Monde