Flash Actu : Denis MUKWEGE a réçu hier le Prix Sakharov 2014 décerné par le Parlement Européen
Flash Actu : Denis MUKWEGE a réçu hier le Prix Sakharov 2014 décerné par le Parlement Européen
📅 Mercredi 22/10/2014 a 12:30 | ✍️ Maufranc Mongai | 👁 1409 lecture(s) | 💬 0 reaction(s)
Deux articles ( Eugénie BASTIE de Figaro.fr ; Gaëlle ROLLIN d'AFP ) sur le Prix SAKHAROV 2014 décerné hier Mardi 21 octobre à Denis MUKWEGE ( Gynécologue Congolais ) à Strasbourg en France par le Président du Parlement Européen, Martin SCHULZ ; et
Repris par Maufranc MONGAI sur le site culturel d'ACUBO.
Article I
DENIS MUKWEGE,L' "HOMME QUI REPARE LES FEMMES " RECOIT LE PRIX SAKHAROV
Publié le 22/10/2014 à 09:48 Eugénie BASTIE de Figaro.fr
Ce gynécologue congolais, qui a passé sa vie à soigner les femmes violées dans les conflits en RDC, était pressenti pour le prix Nobel de la paix.
Plusieurs fois pressenti pour le Nobel de la paix, il hérite finalement du prix Sakharov, nommé en hommage au dissident soviétique Andrei Sakharov, qui récompense les personnes ou organisations qui consacrent leur existence à la défense des droits de l'homme et des libertés. Les présidents des groupes politiques qui décernent le prix, se sont prononcés à l'unanimité, a annoncé mardi à Strasbourg le président du Parlement, Martin Schulz.
Denis MUKWEGE, " L'HOMME QUI REPARE LES FEMMES "
Denis Mukwege, 59 ans, «l'homme qui répare les femmes» selon le titre de la biographie que lui a consacré Colette Braeckman, a accueilli modestement ce prix qui vient récompenser le combat d'une vie: «Depuis quinze ans, je suis témoin d'atrocités de masse commises sur le corps des femmes et contre les femmes et je ne peux pas rester les bras croisés, car notre humanité commune nous invite à prendre soin les uns des autres.»
Né en 1955 à Bukavu, dans l'Est du Congo belge, il est le troisième fils d'une famille pentecôtiste de 9 enfants. Il étudie la médecine au Burundi voisin. A la faveur d'une bourse il part étudier en France, à Angers pour se spécialiser en gynécologie-obstétrique. Le Dr Mukwege aurait pu alors rester vivre et travailler en France. Il a fait le choix de retourner dans son pays, la République démocratique du Congo (RDC), à l'hôpital de Lemera en 1989. En 1996, la guerre éclate: l'hôpital est dévasté. Il vit alors comme un déplacé de cette guerre qui déclencha des millions de réfugiés, des massacres et des viols de masse.
LE VIOL COMME ARME DE GUERRE
Rebelles hutu et combattants maï-maï, soldats rwandais et forces gouvernementales congolaises, aujourd'hui insurgés du M23: dans ce pays déchiré depuis 18 ans par les conflits, le viol est devenu une arme de guerre. Vagins déchiquetés, clitoris coupés, les femmes violées bien souvent ne pourront plus avoir d'enfants ; elles deviennent des réservoirs à virus, leurs enfants sont exclus de la communauté. Face à cette pathologie nouvelle, la destruction planifiée et délibérée du ventre des femmes, il décide de fonder un hôpital dans le quartier Panzi dans le sud de Bukavu pour soigner ces victimes de la barbarie des différents groupes armés qui saccagent le pays.
«Ma première malade en 1999 avait été violée, puis on lui avait introduit une arme dans l'appareil génital et fait feu, elle avait tout le bassin détruit. Je pensais que c'était l'oeuvre d'un fou mais la même année, j'ai soigné 45 cas semblables», raconte le docteur.
Depuis 15 ans, son hôpital a soigné plus de 40.000 femmes violées. D'après lui, 500 000 femmes ont été violées en RDC en l'espace de 16 ans. Un chiffre vertigineux dont il se désole qu'il ne mobilise pas davantage la communauté internationale.
Denis Mukwege a failli payer son engagement de sa vie. Le 25 octobre 2012, cinq hommes armés s'introduisent chez lui et braquent un fusil sur sa tempe. Il ne doit la vie sauve qu'à l'un de ses domestiques qui s'est héroiquement sacrifié en mettant en fuite les aggresseurs. C'était le sixième attentat dont il était victime.
Article II :
Denis MUKWEGE, L'HOMME QUI SOIGNE LES FEMMES VIOLEES DES GUERRES D'AFRIQUE
Par Gaëlle Rolin AFP
Denis Mukwege a remporté mardi le prix Sakharov 2014, décerné par le Parlement européen, qui récompense les figures militantes pour les droits de l'Homme et la liberté d'expression. Depuis quatorze ans, ce gynécologue soigne inlassablement les femmes du Kivu, en République démocratique du Congo. Il répare le corps de celles, qui, violées par des soldats, sont perçues comme autant de territoires à dominer pour gagner la guerre.
La province du Kivu, en République démocratique du Congo, l’un des pires endroits au monde pour les femmes.
LES CONFLITS SE SUCCEDENT DEPUIS LES ANNEES 1990
Les conflits se succèdent depuis les années 1990, et pour contrôler les territoires, les groupes armés pulvérisent les corps et les âmes. Les soldats violent les femmes, les mères, les filles, les sœurs. Des exactions qui traumatisent aussi les enfants, humilient les hommes, distillent des poisons. 500 000 Congolaises victimes en seize ans, lit-on dans un vertige.
Dans cet enfer sur terre, un ange gardien veille sur les femmes de la région. Un colosse au regard profond et à la voix douce, qui depuis, 14 ans, les recueille et les soigne. Un homme bon, sur lequel les plaies de la guerre se sont abattues. Après avoir reçu le prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflit et pour son engagement auprès des victimes de violences sexuelles en 2013, le Dr Denis Mukwege, gynécologue de 58 ans, a remporté hier le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, attribué l'an passé à Malala. Pourtant, quand il a ouvert l’hôpital de Panzi en 1999, il était loin d’imaginer sa vocation.« Je voulais lutter contre la mortalité maternelle », explique t-il.
« Après mes études de médecine à Angers, j’avais décidé de revenir au Congo. En France, je n’avais jamais vu une femme mourir en donnant naissance, alors que chez moi, cela arrivait presque quotidiennement. » Il ouvre d'abord un service de maternité à l'hôpital de Lemera. Mais à cette même époque, le Congo est en guerre. Après s'être réfugié au Kenya, il revient dans le Kivu.
« Moi, j’étais médecin, en temps de paix comme en temps de guerre ! J’ai demandé à l’Unicef des tentes et du matériel. » Les tentes sont pillées, alors il réhabilite deux bâtiments, et c’est ainsi que l’hôpital de Panzi sort de terre. Sa première patiente, il s’en souvient comme si c’était hier « Elle m’a bouleversée. Au lieu de faire une césarienne pour donner naissance, j’ai opéré une femme d’une trentaine d’années qui avait des blessures par balles au niveau des cuisses, des plaies multiples à l’appareil génital », se remémore-t-il. Ce n’est qu’après avoir été soignée qu’elle lui avoue avoir été violée et torturée.
« Au début, je pensais que c’était l’acte d’un seul homme, d’un barbare.» Mais quand, quelques mois après l’ouverture de l’hôpital, il a déjà reçu 45 femmes avec des blessures de ce type, il commence à comprendre qu’elles ne sont pas des cas isolés. « Mais je ne savais pas encore que j’étais face à une effroyable épidémie de violence. »
Aujourd’hui, quatorze ans après l’ouverture de l’hôpital, il a soigné plus de 40 000 femmes. Mais le docteur Mukwege n’aime pas trop aligner les chiffres. Comme si cette comptabilité morbide risquait de désincarner une fois encore ces victimes que le viol a déjà déshumanisées. « Derrière chaque chiffre, il y a avant tout une femme qui a perdu son intégrité physique et psychologique, qui est handicapée, perd ses urines, est rejetée par son mari. Si on peut voir les victimes comme ça, alors on pourra peut-être être poussés vers l’action. »
AFP
Repris par Maufranc MONGAI sur le site culturel d'ACUBO.
Article I
DENIS MUKWEGE,L' "HOMME QUI REPARE LES FEMMES " RECOIT LE PRIX SAKHAROV
Publié le 22/10/2014 à 09:48 Eugénie BASTIE de Figaro.fr
Ce gynécologue congolais, qui a passé sa vie à soigner les femmes violées dans les conflits en RDC, était pressenti pour le prix Nobel de la paix.
Plusieurs fois pressenti pour le Nobel de la paix, il hérite finalement du prix Sakharov, nommé en hommage au dissident soviétique Andrei Sakharov, qui récompense les personnes ou organisations qui consacrent leur existence à la défense des droits de l'homme et des libertés. Les présidents des groupes politiques qui décernent le prix, se sont prononcés à l'unanimité, a annoncé mardi à Strasbourg le président du Parlement, Martin Schulz.
Denis MUKWEGE, " L'HOMME QUI REPARE LES FEMMES "
Denis Mukwege, 59 ans, «l'homme qui répare les femmes» selon le titre de la biographie que lui a consacré Colette Braeckman, a accueilli modestement ce prix qui vient récompenser le combat d'une vie: «Depuis quinze ans, je suis témoin d'atrocités de masse commises sur le corps des femmes et contre les femmes et je ne peux pas rester les bras croisés, car notre humanité commune nous invite à prendre soin les uns des autres.»
Né en 1955 à Bukavu, dans l'Est du Congo belge, il est le troisième fils d'une famille pentecôtiste de 9 enfants. Il étudie la médecine au Burundi voisin. A la faveur d'une bourse il part étudier en France, à Angers pour se spécialiser en gynécologie-obstétrique. Le Dr Mukwege aurait pu alors rester vivre et travailler en France. Il a fait le choix de retourner dans son pays, la République démocratique du Congo (RDC), à l'hôpital de Lemera en 1989. En 1996, la guerre éclate: l'hôpital est dévasté. Il vit alors comme un déplacé de cette guerre qui déclencha des millions de réfugiés, des massacres et des viols de masse.
LE VIOL COMME ARME DE GUERRE
Rebelles hutu et combattants maï-maï, soldats rwandais et forces gouvernementales congolaises, aujourd'hui insurgés du M23: dans ce pays déchiré depuis 18 ans par les conflits, le viol est devenu une arme de guerre. Vagins déchiquetés, clitoris coupés, les femmes violées bien souvent ne pourront plus avoir d'enfants ; elles deviennent des réservoirs à virus, leurs enfants sont exclus de la communauté. Face à cette pathologie nouvelle, la destruction planifiée et délibérée du ventre des femmes, il décide de fonder un hôpital dans le quartier Panzi dans le sud de Bukavu pour soigner ces victimes de la barbarie des différents groupes armés qui saccagent le pays.
«Ma première malade en 1999 avait été violée, puis on lui avait introduit une arme dans l'appareil génital et fait feu, elle avait tout le bassin détruit. Je pensais que c'était l'oeuvre d'un fou mais la même année, j'ai soigné 45 cas semblables», raconte le docteur.
Depuis 15 ans, son hôpital a soigné plus de 40.000 femmes violées. D'après lui, 500 000 femmes ont été violées en RDC en l'espace de 16 ans. Un chiffre vertigineux dont il se désole qu'il ne mobilise pas davantage la communauté internationale.
Denis Mukwege a failli payer son engagement de sa vie. Le 25 octobre 2012, cinq hommes armés s'introduisent chez lui et braquent un fusil sur sa tempe. Il ne doit la vie sauve qu'à l'un de ses domestiques qui s'est héroiquement sacrifié en mettant en fuite les aggresseurs. C'était le sixième attentat dont il était victime.
Article II :
Denis MUKWEGE, L'HOMME QUI SOIGNE LES FEMMES VIOLEES DES GUERRES D'AFRIQUE
Par Gaëlle Rolin AFP
Denis Mukwege a remporté mardi le prix Sakharov 2014, décerné par le Parlement européen, qui récompense les figures militantes pour les droits de l'Homme et la liberté d'expression. Depuis quatorze ans, ce gynécologue soigne inlassablement les femmes du Kivu, en République démocratique du Congo. Il répare le corps de celles, qui, violées par des soldats, sont perçues comme autant de territoires à dominer pour gagner la guerre.
La province du Kivu, en République démocratique du Congo, l’un des pires endroits au monde pour les femmes.
LES CONFLITS SE SUCCEDENT DEPUIS LES ANNEES 1990
Les conflits se succèdent depuis les années 1990, et pour contrôler les territoires, les groupes armés pulvérisent les corps et les âmes. Les soldats violent les femmes, les mères, les filles, les sœurs. Des exactions qui traumatisent aussi les enfants, humilient les hommes, distillent des poisons. 500 000 Congolaises victimes en seize ans, lit-on dans un vertige.
Dans cet enfer sur terre, un ange gardien veille sur les femmes de la région. Un colosse au regard profond et à la voix douce, qui depuis, 14 ans, les recueille et les soigne. Un homme bon, sur lequel les plaies de la guerre se sont abattues. Après avoir reçu le prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflit et pour son engagement auprès des victimes de violences sexuelles en 2013, le Dr Denis Mukwege, gynécologue de 58 ans, a remporté hier le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, attribué l'an passé à Malala. Pourtant, quand il a ouvert l’hôpital de Panzi en 1999, il était loin d’imaginer sa vocation.« Je voulais lutter contre la mortalité maternelle », explique t-il.
« Après mes études de médecine à Angers, j’avais décidé de revenir au Congo. En France, je n’avais jamais vu une femme mourir en donnant naissance, alors que chez moi, cela arrivait presque quotidiennement. » Il ouvre d'abord un service de maternité à l'hôpital de Lemera. Mais à cette même époque, le Congo est en guerre. Après s'être réfugié au Kenya, il revient dans le Kivu.
« Moi, j’étais médecin, en temps de paix comme en temps de guerre ! J’ai demandé à l’Unicef des tentes et du matériel. » Les tentes sont pillées, alors il réhabilite deux bâtiments, et c’est ainsi que l’hôpital de Panzi sort de terre. Sa première patiente, il s’en souvient comme si c’était hier « Elle m’a bouleversée. Au lieu de faire une césarienne pour donner naissance, j’ai opéré une femme d’une trentaine d’années qui avait des blessures par balles au niveau des cuisses, des plaies multiples à l’appareil génital », se remémore-t-il. Ce n’est qu’après avoir été soignée qu’elle lui avoue avoir été violée et torturée.
« Au début, je pensais que c’était l’acte d’un seul homme, d’un barbare.» Mais quand, quelques mois après l’ouverture de l’hôpital, il a déjà reçu 45 femmes avec des blessures de ce type, il commence à comprendre qu’elles ne sont pas des cas isolés. « Mais je ne savais pas encore que j’étais face à une effroyable épidémie de violence. »
Aujourd’hui, quatorze ans après l’ouverture de l’hôpital, il a soigné plus de 40 000 femmes. Mais le docteur Mukwege n’aime pas trop aligner les chiffres. Comme si cette comptabilité morbide risquait de désincarner une fois encore ces victimes que le viol a déjà déshumanisées. « Derrière chaque chiffre, il y a avant tout une femme qui a perdu son intégrité physique et psychologique, qui est handicapée, perd ses urines, est rejetée par son mari. Si on peut voir les victimes comme ça, alors on pourra peut-être être poussés vers l’action. »
AFP
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